Les indépendances africaines ont officiellement marqué la fin de la colonisation politique sur le continent. Pourtant, plusieurs décennies plus tard, de nombreux mécanismes de dépendance économique, monétaire et stratégique continuent de limiter la souveraineté réelle des États africains.
Le franc CFA et les limites des indépendances africaines
L’un des mécanismes les plus visibles de cette dépendance persistante est monétaire. Quinze États africains utilisent encore aujourd’hui le franc CFA, une devise dont la parité est garantie par le Trésor français et dont une partie des réserves de change était, jusqu’à une réforme partielle en 2020, déposée à Paris. Cette architecture financière, héritée directement de la période coloniale, contraint les politiques budgétaires et monétaires de ces pays d’une manière qu’aucun État souverain n’accepterait pour lui-même. L’économiste Ndongo Samba Sylla, dont les travaux irriguent plusieurs essais de notre catalogue, parle d’une souveraineté monétaire confisquée dès la naissance.
Les accords militaires hérités des indépendances africaines
Au-delà de la monnaie, les accords de défense signés dans les années 1960 entre la France et ses anciennes colonies ont instauré un droit d’intervention militaire et, dans certains cas, un droit de préemption sur les matières premières stratégiques. Ces clauses, longtemps gardées secrètes, n’ont été rendues publiques que progressivement, sous la pression de chercheurs et de journalistes. Elles révèlent une conception de l’indépendance dans laquelle l’ancienne puissance coloniale conserve des droits régaliens sur des États officiellement souverains.
La dépendance culturelle et scolaire
La domination n’est pas seulement économique. Les systèmes éducatifs hérités de la colonisation ont perpetué des programmes pensés ailleurs, des langues d’enseignement étrangères aux pratiques locales, des hiérarchies épistémiques qui marginalisent les savoirs africains. Achille Mbembe, philosophe camerounais dont la pensée traverse plusieurs ouvrages que nous publions, nomme ce phénomène la « nécropolitique » : le contrôle des esprits autant que des corps, bien au-delà des indépendances formelles.
Ce que la littérature dit que l’économie ne peut pas
C’est précisément pour cela que la littérature reste indispensable là où les chiffres s’arrêtent. Les romans de notre catalogue qui se déroulent en Afrique subsaharienne, au Maghreb ou dans les diasporas africaines d’Europe donnent à voir ce que les traités économiques ne peuvent que mesurer : la texture intime d’une souveraineté inachevée, la mémoire transmise malgré les ruptures, la résistance ordinaire des langues et des corps.
Parcourir ces textes, c’est comprendre que la décolonisation n’est pas un événement passé mais un processus encore en cours — et que la littérature en est l’un des terrains les plus vivants.
→ Découvrir les essais et romans consacrés à l’Afrique dans notre catalogue. Tant que les structures économiques, politiques et mentales ne changent pas en profondeur, les indépendances resteront incomplètes.
Au fil des décennies, les indépendances africaines ont souvent été célébrées comme une rupture historique avec la domination coloniale. Pourtant, derrière les symboles de souveraineté, une autre réalité s’est progressivement installée : celle d’une dépendance plus discrète, mais profondément enracinée dans les structures économiques, monétaires, militaires et culturelles. Le franc CFA, les accords stratégiques, la dépendance aux matières premières ou encore la fragilité industrielle montrent que la liberté politique ne suffit pas toujours à garantir une véritable autonomie.
Mais cette situation ne peut être expliquée uniquement par l’influence des anciennes puissances coloniales. Les élites locales, les divisions internes, la corruption et l’absence de vision économique cohérente ont également contribué à maintenir plusieurs États africains dans une position de dépendance prolongée. La question des indépendances africaines dépasse donc le simple débat historique : elle interroge la capacité du continent à construire des modèles de développement réellement souverains.
L’avenir de l’Afrique dépendra moins des discours politiques que de la capacité des États à renforcer leurs institutions, transformer leurs économies et reprendre progressivement le contrôle de leurs choix stratégiques.
👉 Aller plus loin
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